Les canicules à répétition, toujours plus précoces, sont un symptôme sans équivoque du dérèglement climatique, soulignent les scientifiques au moment où une vague de chaleur a recouvert une partie de l'Europe.
"Les vagues de chaleur sont le marqueur du réchauffement" planétaire, résume Jean Jouzel, ex-vice-président du GIEC (groupe d’experts du climat de l'ONU).
"C'est à la fois ce qu'on observe, ce que le GIEC attribuait déjà aux activités humaines dans ses précédents rapports - c'est là qu'il est le plus affirmatif - et clairement, le diagnostic est qu'elles vont devenir plus précoces, plus intenses, plus fréquentes".
Stefan Rahmstorf, chercheur au Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK), convoque la statistique: "Les étés les plus chauds relevés en Europe depuis l'année 1500 concernent tous le début du 21e siècle: 2018, 2010, 2003, 2016, 2002. Mondialement, les records de chaleur mensuels tombent cinq fois plus souvent qu'ils ne le feraient dans un climat stable".
"Cette hausse des extrêmes de chaleur se déroule comme l'avait prévu la science, conséquence directe d'un réchauffement induit par les gaz à effet de serre liés à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz", ajoute-t-il.
Masses d'air surchauffées
"On aurait pu avoir cette configuration atmosphérique il y a un siècle", explique Etienne Kapikian, prévisionniste à Météo-France, qui surveille le phénomène en cours sur l'Europe.
"La différence est que les masses d'air aujourd'hui sont surchauffées. Les blocages anticycloniques de haute pression sont plus intenses que dans le passé, avec des masses d'air plus chaudes remontant du Sahara, ce qui amènent des extrêmes plus intenses".
Aux degrés en plus s'ajoute le bouleversement de la circulation atmosphérique, avec le ralentissement des courants voyageant vers l'est en été, jet-stream inclus, comme l'a montré le chercheur Dim Coumou, du PIK. "Ce qui favorise des conditions de chaleur et de sécheresse au-dessus du continent qui parfois se transforment en dangereuse canicule".
Phénomènes périlleux
Selon le GIEC, pics et records de chaleur croissent environ deux fois plus vite que les températures moyennes. Ainsi, si les températures prennent en moyenne 3 à 5°C dans la seconde partie du 21e siècle (par rapport à l'ère préindustrielle), faute d'action suffisante pour réduire les émissions, les records gagneront eux 6° à 8°C.
Parfois durables, les vagues de chaleur s'accompagnent de sécheresse, et de conséquences sur la santé, notent les chercheurs.
0,5°C de différence ça compte
Alors que faire? Chaque demi-degré de réchauffement global évité comptera, a montré le GIEC en 2018, dans son rapport sur un réchauffement à +1,5°C, limite pour protéger la planète d'impacts majeurs. Mais le monde est hors des clous et les émissions ont encore atteint un record l'an dernier.